Une basket détruite à dessein : de quoi parle-t-on exactement
La base est d’une grande simplicité : une basket en toile et caoutchouc, proche des modèles de tennis en toile vendus depuis des décennies. Tout le propos tient dans le traitement. La toile est déchirée, effilochée, couverte de taches, la semelle semble usée jusqu’à la corde, comme si la paire avait été portée pendant des années puis abandonnée.
Demna a toujours aimé détourner les objets ordinaires : sac de courses, vêtements de travail, chaussures de sport banales. La Paris Sneaker pousse la logique jusqu’au bout : elle met un prix de luxe sur l’apparence même de l’usure, et oblige à se demander ce que l’on achète vraiment quand on achète une pièce de créateur.
La campagne de lancement, avec des paires présentées dans un état de délabrement spectaculaire, a fait le tour des réseaux sociaux. La version entièrement détruite, limitée, était la pointe de ce dispositif.
Le choix du nom n’est pas anodin non plus. En baptisant ce modèle du nom de la ville où Cristóbal Balenciaga a bâti la réputation de sa maison de couture, Demna associait la basket la plus délabrée de sa carrière à l’héritage de la haute couture parisienne. Le contraste faisait partie du message.